JOURNÉES EUROPÉENNES DU PATRIMOINE 2026 :
UN GRAND SUCCÈS
Pour ces Journées européennes du Patrimoine, l’association des Amis de Josaphat a pour habitude d’organiser des visites de ce site lévois encore méconnu.
L’édition 2026 n’a pas failli à la tradition : cette année encore nous avons eu la chance d’avoir la précieuse collaboration de la guide-conférencière chartraine Véronique Domagalski, très attachée tant à l’histoire ancienne de l’abbaye qu’à l’histoire plus contemporaine de la Fondation d’Aligre et Marie-Thérèse.
Voilà pourquoi en 2026, Véronique Domagalski a décidé de faire son parcours en remontant le temps.

Pour commencer elle a présenté l’établissement médico-social public départemental actuel qui accueille un EHPAD et plusieurs foyers de vie pour handicapés (trois cents résidents environ) et a expliqué son origine : à savoir, en 1968, la fusion de l’Hospice Marie Thérèse et de l’Asile d’Aligre.
En 1818, l’Hospice Marie Thérèse est créé par Marie Thérèse de France, pour accueillir les enfants trouvés ou abandonnées. En 1828, Jean François Charles, marquis d’Aligre fonde l’Asile d’Aligre pour les malades et les nécessiteux.
La conférencière a conduit ensuite les visiteurs dans la chapelle d’Aligre érigée en 1816 et reconstruite après les bombardements alliés de 1944.

En haut, la chapelle d’Aligre avant les bombardements des Alliés en 1944 et après sa reconstruction, état actuel, photo ci-contre.
©D.R.
On peut y admirer principalement :
– le mausolée en marbre blanc d’Étienne Marie Charles de Pommereu d’Aligre – marquis d’Aligre et Pair de France (mai 1808 – juin 1889) du sculpteur Henri Chapu (1892)

– les statues des deux chanceliers Étienne I d’Aligre et son fils Étienne II d’Aligre : hommes d’État qui ont occupé de hautes fonctions (Justice et Finances) sous Louis XIII et Louis XIV. Les Lévois ont la chance d’avoir les statues originales.
– une statue de saint Louis tenant la couronne d’épine.

De nombreux membres de la famille d’Aligre reposent dans cette chapelle. Des dalles funéraires nous en donnent les noms et dates.
La guide Véronique Domagalski a pu ainsi résumer la longue généalogie de la famille d’Aligre – s’écrivant à l’origine Haligre (l’usage du H s’est estompé car la famille a intégré la noblesse de robe en devenant magistrats, puis chancelier).
La chapelle actuelle est éclairée par des vitraux de l’atelier chartrain Lorin qui existe toujours.

En sortant la conférencière s’est attachée à raconter à ses auditeurs la vie difficile de Marie Thérèse de France (surnommée « Mousseline » en raison de sa grande gentillesse et de son sourire) – fille aînée de Louis XVI et Marie Antoinette, née en 1778. C’est la seule enfant royale survivante de la prison du Temple et de la Révolution française. Elle a vu partir ses parents qui seront exécutés. Elle a été rapidement séparée de de son jeune frère Louis XVII mort en prison. Sa tante sera la dernière à être à ses côtés, mais comme ses parents, le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette, elle aussi sera exécutée. Très marquée par ces épreuves, suivies d’exils successifs, Marie-Thérèse aura toujours été sensible aux pauvres, aux malades et particulièrement aux orphelins (ce qu’elle a été). Elle a donc fondé et financé de nombreuses œuvres de bienfaisance, et en particulier l’Hospice qui porte son nom et qui a été établi sur l’ancien site de Notre-Dame de Josaphat. Au départ, Marie-Thérèse a financé un lit (le n°14).
Marie-Thérèse a épousé en 1799 le duc d’Angoulême : elle est venue le rejoindre à Chartres en 1823, après des combats en Espagne : nous en avons la preuve avec le tableau d’Étienne Barthélémy Garnier (1759 – 1849) au Musée des Beaux-Arts de Chartres. Est-elle venue voir les orphelins à cette occasion ? Aucune trace écrite ne permet de le prouver, hélas.
Elle a toujours défendu la monarchie, mais la Révolution de 1830 l’a contrainte à un nouvel exil et elle est décédée en Autriche, le 19 octobre 1851.
Véronique Domagalski a poursuivi sa visite en faisant parcourir aux visiteurs le tracé de l’ancien cloître de l’abbaye … : dans le fond se dresse le bâtiment de Pomereu (aujourd’hui siège administratif de la Fondation). La façade du corps de logis central se distingue notamment par ses éléments sculptés de différents styles, typiques de l’architecture classique et des grandes restaurations du XIXe siècle.

La guide s’est ensuite arrêtée devant la statue de Nicolas Isaïe d’Aligre de Blanville (1732-1839), chanoine titulaire de Paris, grand vicaire de Bourges. Ecclésiastique français, il est issu de l’illustre famille d’Aligre (ce qui explique la présence des figures gravées sur la base de la statue). Il a traversé les tumultes de la Révolution française en tant que prêtre réfractaire et s’est ensuite consacré aux œuvres religieuses et administratives.

Puis les visiteurs se dirigent vers l’endroit où a été enfouie le 17 septembre 2017 une capsule temporelle conçue par les Ateliers Loire de Lèves : c’est un coffre en verre réalisé selon des techniques antiques de verrerie, serti de plomb, alternant des verres de couleur bleu de Chartres, et des verres blancs thermoformés selon une technique contemporaine. Le labyrinthe de la cathédrale et la rosace de Lèves sont représentés sur le coffre.

La capsule temporelle contient des documents de cette époque (livres, journaux, photos de classe et des résidents d’Aligre, deux petits vitraux de la Belle Verrière). La capsule sera ouverte par nos descendants dans 100 ans pour les 1000 ans de la fondation de l’Abbaye Notre-Dame de Josaphat.

Pour finir le parcours, la guide fait un saut dans le temps pour arriver aux sources :

C’est tout d’abord, pour certains visiteurs, la découverte du tombeau (sarcophage) de Jean de Salisbury, pièce maîtresse des vestiges ainsi que de quelques traces visibles des chapelles absidales de l’Abbaye. Tout cela provient des fouilles entreprises en 1905 par l’abbé Charles Métais, curé de Lèves. Grâce à ce dernier, d’importantes découvertes ont été faites, en particulier la place principale de l’église monastique, les deux phases de la construction : en premier la nef et la seconde, le grand chœur et ses chapelles. Il a publié plusieurs ouvrages d’après des documents historiques, qui ont permis de grandes avancées dans la connaissance de l’abbaye. On peut voir aussi l’endroit de la source miraculeuse qui a attiré de nombreux pèlerins pendant fort longtemps.


Enfin, les visiteurs admirent le lapidaire qui présente plusieurs vestiges de l’ancienne abbaye bénédictine Notre-Dame de Josaphat tels que le gisant de Philippe de Lèves (13e), le gisant de Lucia de Lèves (12e), les dalles funéraires d’Agasse de Chartres et de Thomas de Meulan (14e), ainsi que plusieurs chapiteaux, bases de colonnes et fragments de sculptures décoratives.

La visite s’achève sous le cloître en provenance de l’ancienne abbaye voisine de Coulombs où sont exposées quatre banderoles colorées présentant de façon schématique l’histoire de l’abbaye et en particulier celle de son fondateur Geoffroy de Lèves.
Tous les visiteurs – près de 140 sur les deux après-midis du samedi et du dimanche ce qui témoigne de l’intérêt grandissant pour ce patrimoine exceptionnel de Lèves – ont été enchantés de leur parcours et ont beaucoup apprécié les passionnants et riches commentaires de notre guide-conférencière Véronique Domagalski.

La conférencière Véronique Domagalski (2e de gauche), entourée de Monique Gallois (à g.), Michèle Deruelle et Jack Beaumont, membres très actifs de l’association des Amis de l’Abbaye de Josaphat